Voici une seconde illustration sur le thème du hijab proposée par Aurore ( Aurorevanlo, illustratrice ). Plus que jamais, je me sens concernée par cette scène de la jeune femme en recherche d’emploi. J’ai la chance d’avoir un CDI, mais je vais devoir quitter mon emploi en avril prochain, pour cause de hijab. Ça la fiche mal pour mon employeur de voir l’une de ses vendeuses afficher sa religion et conseiller les clients sur un modèle de chaussure, c’est pas compatible. Heureusement pour moi, ce travail, je m’en fou, je ne me voyais pas, de toutes façons, faire cela toute ma vie. Mais qu’en est-il de ces femmes, de mes sœurs, qui sont dans l’obligation de lâcher le poste qui leur tient tant à coeur, celui pour lequel elles ont fait des études et se sont battues ?

Et si seulement nous vivions dans l’un de ces pays qui considèrent l’ouverture sur les religions comme une richesse ? Ces pays qui mettent l’accent sur ce qui nous rassemble plutôt que ce qui nous sépare ? Ne croyez-vous pas que recevoir le sourire d’une caissière en hijab ou répondre au bonjour d’un pharmacien sikh en turban puisse nous aider à nous aimer plus les uns les autres ? Il serait beaucoup plus aisé de comprendre que finalement nous sommes tous les mêmes. Mais bon je vis en France, ce pays je l’aime et je sais bien que j’ai la chance d’y être née. Je ne me sens pas portée par la fierté de représenter mon pays actuellement, je reste surtout attachée à ses valeurs d’antan. J’aime la diversité des régions, les us et coutumes, j’adore encore plus me plonger dans l’histoire de la France. Je déteste en revanche le virage qu’elle prend. Lorsque j’apprends que ma douce France renie une partie de son peuple, je la hais. Et j’avoue qu’en ce moment, je me sens quelque peu trahie par le pays si cher à mon cœur.

Je rêve en secret de sourire, effectivement, à cette caissière en hijab, répondre au bonjour de ce pharmacien sick en turban, et dans une plus grande naïveté, je rêve de ce jour où mes amies n’auront plus à faire le choix entre un emploi valorisant et le port du voile. Je ne sais pas pourquoi je vous parle de tout cela, mais cette frustration me revient de plus en plus fréquemment, au fur et à mesure que ma démission approche. D’ailleurs, pas plus tard qu’en mars 2010, je pétais déjà un câble sur ce sujet : mon voile, ce moteur.

Tout cela pour dire que l’illustration d’Aurore reflète vraiment mon état d’âme du jour. Une jeune femme en recherche d’emploi, qui a vraiment le désir de se rendre utile et de ne pas être une assistée, mais qui a peur d’être stoppée dans son élan, parce qu’elle a fait un choix important pour elle.

Que pensez-vous de tout cela, de cet accent mis sur ce qui nous sépare, de pointer du doigt les différences ?