Et sinon ?

Ecrire et dire

Musulmane à mi-temps

Écrire et dire. Dire enfin ce que le cœur ressent et que la bouche, par politesse ou par crainte de blesser, se refuse à dire.

Dire cette sensation d’être double, chaque jour que Dieu fait. Être et paraître cette autre que chacun préfère, que la norme accepte. Je me soumets, je m’incline devant la volonté commune qui me dit ce que je dois être. Je rentre chaque jour dans la peau d’un personnage que je ne suis pas, parce que c’est ce que l’on attend de moi.

J’ai joué à ce jeu pendant des années. Un grand sourire sur le visage, une sérénité apparente, une vivacité qui émerveillait tout le monde. Pour mieux cacher la noirceur de mes pensées, la douleur de mon cœur.

Aujourd’hui, ces sentiments négatifs se sont envolés, j’ai trouvé ce que j’étais et je me sens bien. Je suis musulmane. Mais ce qui me rend heureuse effraie. Alors, une nouvelle fois, je me cache. J’ai repris le masque de cette autre que tout un chacun préfère. Une autre qui s’adapte à la société, une autre qui ne se fait pas remarquer, qui rentre dans le moule.

Finalement, peu importe à tous ce que je suis vraiment, peu importe à ce monde de savoir ce que je ressens et ce que je veux vraiment. Ce monde hypocrite qui clame la liberté de pensée, la liberté d’être, la réalisation de soi… Mais qui bannit ceux qui n’exercent pas ce droit de la façon dont les bien-pensants l’ont décidé. « La liberté commence où s’arrête celle des autres ». C’est vrai. La mienne s’arrête au seuil de mon travail, à l’entrée de la maison de mes parents et dans les regards des gens. « On » a décidé que je n’étais pas libre. « On » a décidé à ma place que j’étais malheureuse et soumise… Mais soumise à qui ? A quoi ? A ce monde finalement, qui m’interdit mon droit d’expression, mon droit de religion, mon droit d’être ce qui me rend heureuse. Mais non, n’est-ce pas, je ne peux pas être heureuse si je ne suis pas le mode de pensée de cette société, si je fais les choses différemment…

Je pleure aujourd’hui dans les interstices, en cachette, derrière les portes. Faudrait pas que ça se voit, n’est ce pas ? Faire comme si de rien n’était et sourire. Parce que c’est ce qu’on attend de moi. C’est mon choix après tout, non ? Encore quelques kilomètres en voiture, je me permets quelques larmes, encore, pour me soulager. Puis, j’essuie et je maquille ma douleur, et je remets le masque du bonheur. Se taire et se soumettre.

Et toi ma sœur, mon sang. Toi qui te maries cet été. Quelle sœur veux-tu à ton mariage ? La vraie ou l’image aseptisée et conformiste que vous voulez tous ? Serais-je la bienvenue, moi, la musulmane ? Aurais-je ma place sur les photos de ton bonheur avec ce voile que vous refusez de voir ?

Pardonne-moi ô Allah, de manquer de patience, de manquer de foi, parfois, devant ces coups qui blessent et qui me font courber la tête. Aide-moi, aide-moi à renforcer ma foi.

Aujourd’hui, encore, je serai cette autre que vous voulez que je sois. Je brûle à l’intérieur, j’explose parfois. Mais en silence. Il n’est pas de bon ton de se plaindre, il faut courber la tête. Je me tais. Mais jusqu’à quand ? Un jour viendra où je ne supporterai plus cette duplicité qui me déchire. Deux identités, c’est la limite de la folie. Je ne supporterai pas toujours d’être cette autre…

Fais preuve de patience [en restant] avec ceux qui invoquent leur Seigneur matin et soir, désirant Sa Face. Et que tes yeux ne se détachent point d’eux, en cherchant (le faux) brillant de la vie sur terre. Et n’obéis pas à celui dont Nous avons rendu le cœur inattentif à Notre Rappel, qui poursuit sa passion et dont le comportement est outrancier. (Sourate Al-Kahf – Verset 28)

Texte écrit par une amie, pour se soulager un petit peu de son mal-être ♥

[Source de l’image]

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About Jasmine

Le webzine J&Co est né de mon addiction aux loisirs créatifs et de ma passion pour l’art de vivre marocain. J’aime partager mes petits bonheurs et mes coups de coeur déco, c’est avec plaisir que je vous invite à découvrir cet univers arabisant, aux mille et une couleurs. Pour me contacter { [email protected] }

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16 thoughts on “Ecrire et dire

  1. As salam aleykoum,

    Ce texte me touche, me bouleverse, parce que je me voie bien écrire la même chose, les sentiments sont les mêmes.

    Depuis quelques semaines à chaque fois que je passe la porte de ma maison, je laisse mes convictions derrières, et j’ai absolument l’impression de jouer un double jeu.

    Je suis musulmane, le seul fait d’avoir évoqué ma conversion m’a coupé de mes plus proches, mes parents, mon frêre, ma soeur … qui jugent cela inadmissible, mes robes longues sont devenues ostentatoires pour la famille, ils voient un changement de trop.

    Pourtant ce voile que je porte en faisant la prière me défini comme musulmane, oui c’est ce que je suis, et un jour bien proche je passerai la porte de chez moi libre, libre, libre … une musulmane entière.

    Merci pour cet émouvant partage , toutes celles qui passent et qui sont passé par là comprennent tellement bien ces mots.

    Une pensée d’amour pour toutes mes soeurs filLah.

    As salam aleykoum

  2. assalam’aleikum

    c’est un très joli texte, émouvant…nous serons plusieurs à nous reconnaître en lui je pense…j’ai éprouvé cela pendant des années…il faut beaucoup invoqué Allah et un jour franchir le cap de tout dire même si c’est dur ça fait du bien.et tout finit par s’arranger dans la majorité des cas.
    qu’Allah facilite cette soeur et tous les musulmans , qu’IL nous accorde le bon comportement et la patience envers nos parents qui ne comprennent pas notre choix

  3. Salam aleykoum,

    Ah oui…. c’est tellement juste !! Il faut parfois lutter pour ne pas devenir schizophrène. On voudrait crier qu’on est heureuse, mais difficile d’assumer devant ceux qu’on aime le plus au monde, lorsqu’on sait qu’on risque de les décevoir… Puisse Allah soubhanawat3ala nous faciliter tous et toutes, afin de trouver la voie de la quiétude.

  4. Pourquoi ne peut pas vivre notre foi comme on l’entend ?
    Récit poignant et très bien écrit , je pense que beaucoup vivent les mêmes choses .
    J’espère que le fait d’écrire aura un peu soulagé la douleur de ton amie .

  5. Ce texte est MAGNIFIQUE, il est touchant, émouvant et très triste.
    Que Dieu la facilite et qu’Il facilite toutes nos soeurs dans la même situation.
    Amine

  6. Salam aleykoum,
    Effectivement, ce texte est très touchant… et je fais partie de celle qui s’y reconnaissent…
    je me retrouve dans ses propos …. deux identités…. brûler de l’intérieur… ne plus savoir qui l’on est vraiment…. :S

    pas évident du tout
    Qu’Allah swt te facilite oukhty.
    Qu’Allah swt nous facilite toutes et tous.
    amine

  7. assalamou3alaykoum

    sourate 58,verset 22 :. « Tu n’en trouveras pas, parmi les gens qui croient en Allah et au Jour dernier, qui prennent pour amis ceux qui s’opposent à Allah et à Son Messager, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou les gens de leur tribu. Il a prescrit la foi dans leurs cœurs et Il les a aidés de Son secours. Il les fera entrer dans des Jardins sous lesquels coulent les ruisseaux, où ils demeureront éternellement. Allah les agrée et ils L’agréent. Ceux-là sont le parti d’Allah. Le parti d’Allah est celui de ceux qui réussissent. »

    Pourquoi donc alors se torturer pour eux?sois ce que ton Rabb attend de toi et fais fi de ceux qui ont le coeur et les yeux voilés…

  8. Assalamaleykoum mes soeurs,
    Je me reconnais moi aussi dans ce texte et je te remercie Jasmine de nous le faire partager. Ensemble, nous nous soutenons et devenons plus fortes.
    Mon souci à moi c’est que je ne brûle pas de l’intérieur … je manque (souvent) de respect à ma maman, justement parce que je suis musulmane et différente d’elle … Des détails (qui pour moi n’en sont pas) qui me font exploser et dire des mauvaises choses que je regrette ensuite … croyez-vous que c’est mieux ?
    Je vous envie de pouvoir vous retenir, vous respectez vos parents (nous avons un devoir envers nos parents, pas envers nos frères et soeurs), vous savez baisser la tête quand il le faut. C’est une grande force et non pas une soumission, croyez-moi.
    Courage mes soeurs, il faut être patiente.
    Barakallahoufikoum.

  9. Désolée d’en rajouter encore, mais c’est un sujet qui me touche beaucoup.
    Ce texte pose une question à laquelle je n’ai pas encore de réponse : quand nos parents, nos frères, nos soeurs, nous empêchent (par leurs actes ou leurs pensées) de vivre notre foi, de suivre notre religion, doit-on courber l’échine par respect pour eux (je parle pour nos parents) ou les ignorer et vivre notre vie comme on l’entend ?
    La réponse n’est pas si évidente. Quand on a des papas et mamans musulmans, ils sont fiers de nous voir porter le voile, faire la prière etc. Des parents qui ne le sont pas, avec tout ce qui en découle (leur mode vie, leur mode de pensée, qui influence aussi nos enfants), c’est franchement ingérable.
    Quelques exemples me concernant :
    Quand ma maman « fait les cloches » et la « chasse aux oeufs » avec ma fille pour Pâques, comment se retenir ?
    Quand ma fille me dit « avec Mamie on a été voir et caresser les chiens chez la voisine », comment ne pas s’énerver ?
    Quand, à la circoncision de mon fils, elle me dit « oh le pauvre, comment peut-on faire ça à un enfant » … franchement que répondre ?
    Quand ma maman passe devant moi quand je fais la prière, je ne dis rien mais au fond de moi, ça m’éneeeeeerve (bon oui faut que je change de place aussi).
    Quand elle me montre la dernière petite robe qu’elle vient de s’acheter et qu’elle compte bien porter pour les beaux jours … je me vois mal lui dire « maman ce n’est pas très mastoura … as-tu prévu sauf une abaya par-dessus ? »
    Bon, je n’ai pas une dent contre ma mère en particulier, c’est juste que mon papa lui est converti depuis 20 ans (ils sont divorcés). Alhamdullillah je n’ai pas ces soucis avec lui.
    Il ne faut pas se fâcher avec ses parents, qui nous ont mis au monde et nous élevés certes, mais en même temps, il ne faut pas se voiler la face, nous savons tous/toutes qu’ils ne sont pas des nôtres … c’est DUR. Qu’Allah nous facilite.

  10. Salam alaykoum

    ma chère soeur, je reste à ton écoute, je comprend ta tristesse et souffrance, si tu as l’occasion de passer à Blois, n’hésite pas, ça te changera les idées et je pourrais peut etre de conseiller,
    qu’Allah nous facilite et guide nos familles

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